Bernard ROUDET

©Bernard Roudet

ROUDET : Les Beaux – Arts considérés comme un crime.

Thomas De Quincey proposait L’ assassinat considéré comme un des beaux-arts ; Bernard Roudet s’en tient, lui, aux beaux-arts considérés comme un crime : sculpture à coups de hache, peinture à coups de couteau. La création est une cérémonie ; c’est un combat, aussi.
Sur ses créatures, Roudet pratique la scarification. C’est un rite qui fait mal, une blessure sacrificielle. Le sculpteur taillade le bois, tranche en lui ; il le sable, il le chaule, il le brûle, il le cimente, il le barbouille, il le souille, il l’ensanglante. Le peintre malmène la toile, il l’agresse de couleurs vives, de tracés angulaires, de jets et d’éclaboussures, il lui adjoint des sables, du bitume, des cires qui la tannent comme un cuir et des bouts de papier marouflés qui lui font l’épiderme tout plissé.
Le créateur se tient front contre front face à la matière. L’œuvre est sous tension ; une fureur la tient. La lutte est sans douceur, mais elle est la seule issue. Montrer la douleur, c’est en quelque sorte la prévenir ; évoquer le malheur, c’est le circonvenir. Exhiber, c’est extirper.

Roudet lâche la bonde au trop-plein des pulsions, épouse ses répulsions, ne choisit pas ses émotions ; comme un miroir, il retourne à l’envoyeur les agressions que lui fait subir la société.
La terreur l’atterre; il la conjure avec la ferveur d’un chaman. Il sculpte des vigies, des orants, des totems ( des bâtons de prières, aussi ). Il peint des effigies qui frappent de stupeur, comme des divinités antiques – Erinyes, Gorgones, Harpies. Autant d’êtres qui font peur, parce que leur visage montre combien ils sont eux-mêmes apeurés.
C’est leur peur qui nous apeure. Leurs traits sont tourmentés à proportion de nos tourments. Leur épouvante nous oblige à faire face. Leur véhémence nous astreint au silence. Ces vigies exigent notre vigilance.

Jean-Louis ROUX
Grenoble, 23 mars 2003.
( extraits )

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